LE PLANCHER DES VACHES

    LE PLANCHER DES VACHES
    texte kenny ozier-lafontaine ( Paul Poule )
    image Laurent Santi

    aujourd'hui
    d'un coup
    le sol
    il a bloqué
    d'un coup sec
    il a freiné 
    comme un trame ou une rame de métro
    et les gens qu'étaient pas accrochés
    y se sont bien pété la gueule
    y'en a on les a retrouvé 20m plus loin
    écrabouillés, froissés, 
    chiffonnés comme du papier à crèche
    chemisiers déchirés décravatés
    ongles rayés décoiffés
    écorchés comme des sangliers
    avec des tronches de poires pelées à la petite cuillère
    ils étaient pas accrochés
    moi j'ai bien ris
    moi je rigole encore
    on avait jamais vu ça
    on savait pas que le sol il avançait aussi
    on croyait que tout était immobile 
    que c'était nous qu'on avançait ...
    mais ça a freiné d'un coup
    le bitume le goudron le chemin
    le sentier le trottoir 
    tout s'est arrêté
    BOUM
    et ceux qu'étaient pas accrochés 
    comme dans le tromé
    ils se sont fait éjecter vers l'avant
    moi j'ai bien ris
    je rigole encore
    moi j'étais accroché à la viande
    à les os
    pourtant le vieux type il leur avait dit
    de faire gaffe
    que "la route elle marche elle aussi"
    c'était écrit il l'avait dit
    mais personne n'écoute jamais
    résultat : je rigole bien !